Claude LARRE (1919-2001)


Notice nécrologique par Léon VANDERMEERSCH
publiée dans la
Lettre d'information de l' Association française d'études chinoises , n°33, février 2002

Le Père Larre, s.j., s'est éteint à l'âge de 82 ans, dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 décembre 2001, à la résidence des Jésuites du 42, rue de Grenelle à Paris. Il est enterré au cimetière de Passy, dans la tombe des membres de la Compagnie.
Né à Pau le 26 août 1919, Claude Larre, après avoir passé son baccalauréat en 1936, avait fait une licence de droit à Paris en 1937 avant d'entrer dans la Compagnie de Jésus le 23 septembre 1939. Il est alors mobilisé et passe les premières années de la deuxième guerre mondiale en France et en Algérie. La guerre finie, il passe une licence de lettres classiques en 1947, avant de s'embarquer pour la Chine avec quelques jeunes confrères, dont Yves Hervouet et Jean Lefeuvre, eux aussi futures éminents sinologues. Ils atteignent leur destination après un long périple par l'Amérique et le Pacifique. De 1947 à 1949, il étudie la langue et la civilisation chinoises à l'Université de Pékin et au Centre d'études sinologiques de l'Université de Paris, établi depuis 1945 dans 12 capitale chinoise. Il gagne ensuite Shanghai, où il est ordonné prêtre en avril 1952 - c'est la dernière ordination effectuée en Chine avant la proscription du clergé d'obédience vaticane.
Le Père Larre est contraint de quitter le pays avec ses confrères en juin 1952. Il séjourne alors à Hong Kong, puis aux Philippines, où il fait sa dernière année de théologie. Rentré en France en 1953, il entreprend de se former aux études taoïstes à la section d'études religieuses de l'Ecole pratique des Hautes études, sous la direction de Max Kaltenmark, qu'il avait connu à Pékin. En 1956-57, un séjour au Japon lui permet de s'initier aux études japonaises, avant d'être envoyé à Saigon, où il dirige, jusqu'en 1966, l'Ecole jésuite de langue vietnamienne. En même temps, il commence à participer à la rédaction du Dictionnaire Ricci, dont la première ébauche remonte à l'époque de la guerre. De retour à Paris, le Père Larre achève sa thèse sur le Traité VII du Huainanzi, soutenue en 1969, et à partir de cette même année, enseigne la philosophie chinoise au Centre d'études philosophiques des Jésuites de France (devenu aujourd'hui le Centre Sèvres). Il sera en outre, de 1975 à 1985, professeur de théologie des religions à l'Institut catholique de Paris. En 1971, il fonde l'Institut Ricci du Paris, pendant de celui de Taipei créé en 1960, et qui constituera le cadre dans lequel les sinologues français apporteront leur collaboration au dictionnaire. En 1976 paraît le Dictionnaire français de la langue chinoise dit " petit Ricci ", contenant environ 6500 caractères et 50000 expressions. Cette même année 1976, le Père Larre fonde l'Ecole Européenne d'Acupuncture. En 1984, il retourne en Chine pour un séjour à l'Ecole d'Acupuncture de Chengdu, et en 1989 il revisite Pékin et Shanghai. De 1990 à 1996, il effectue 13 voyages entre Paris et Taiwan pour coordonner les travaux sur le grand dictionnaire. Avant de mourir, il verra la parution, en 1999, du Dictionnaire Ricci de caractères chinois qui recense et traduit 13390 caractères chinois singuliers (2 volumes de VIII + 2336 pages, et un volume d'index de 469 pages) ; mais c'est peu après sa mort que paraîtra, en janvier 2002, le Grand dictionnaire Ricci de la langue chinoise, qui, en 7 volumes renfermant 8705 pages, reprend la somme précédente des caractères chinois singuliers, en y ajoutant quelque 300000 expressions et une annexe encyclopédique sur la culture chinoise.
L'oeuvre personnelle du Père Larre porte essentiellement sur le taoïsme philosophique ancien et sur la médecine chinoise traditionnelle, qui est, à bien des égards, un prolongement pratique de celui-ci. On lui doit notamment une nouvelle traduction du Daodejing (Taoteking, Desclée de Brouwer, 1977, rééd. 2002) et, en collaboration avec Elisabeth Rochat de la Vallée et Isabelle Robinet, une traduction commentée d'une partie du Huainanzi (Les grands traités du Huainanzi, Cerf, 1992), ainsi qu'en collaboration avec Jean Schatz, une exposition des Structures de l'acupuncture traditionnelle (Maisonneuve 1979, rééd. Desclée De Brouwer 1994). En outre, le Père Larre a publié chez Lidis, en 1982, un panorama de la culture chinoise intitulé Les Chinois (rééd. Auzou 1998). Il est aussi l'auteur d'un petit ouvrage autobiographique, Les trois racines (La joie de Lire, 2000).
La vie et l'œuvre du Père Larre s'inscrivent parfaitement dans la grande tradition des Jésuites de Chine, de dévouement au développement de l'intercompréhension entre les cultures d'Orient et d'Occident dans leurs valeurs les plus élevées.

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